Tête de Pioche n°9

Juin 2018

Participation d'ISF SystExt au second séminaire "Rethinking Value Chains"

Dans le cadre d'une réflexion initiée par l'ONG BananaLink et Peuples Solidaires, ISF SystExt a été invité le 30 janvier à participer à un séminaire qui réunissait plusieurs dizaines d'ONGs françaises et européennes ainsi que des syndicats. Ces organisations ont en commun de travailler depuis plus de 30 ans sur la régulation des filières mondiales, notamment alimentaires et textiles. L'élargissement aux filières électroniques a conduit à inclure progressivement des associations qui s'intéressent aux matières premières minérales. A travers des espaces de partage et des ateliers, plusieurs sujets ont pu être traités : usage des récentes réglementations sur le devoir de vigilance des multinationales, construction de stratégies nouvelles pour repenser les filières industrielles, etc. Ce collectif informel continuera à se réunir et pourrait solliciter à nouveau ISF SystExt pour poursuivre ces travaux.

SystExt se positionne contre les déversements volontaires de déchets miniers

Le 15 mars, SystExt a rejoint la liste des organisations signataires d'un appel demandant l'abandon des déversements de déchets miniers dans les océans, lacs et rivières. A l'initiative de l'ONG américaine Earthworks, la campagne Ditch Ocean Dumping vise à sensibiliser le grand public sur cette pratique désastreuse pour l'homme et l'environnement et à obtenir l'arrêt du financement direct ou indirect des projets utilisant ce procédé.

Chaque année, les compagnies minières déversent 220 millions de tonnes de déchets miniers toxiques dans les cours d'eau et océans, soit plus de déchets que les États-Unis n'en mettent dans leurs décharges ! Bien que cette pratique ait été progressivement abandonnée, de nouvelles propositions en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Norvège indiquent qu'elle tendrait à augmenter en mer.

Depuis le lancement de la campagne le 7 mars, les institutions financières Citigroup et Standard Chartered ont annoncé des mesures pour ne plus financer les entreprises ayant recours à des déversements en mer. Des premières victoires dans la lutte contre une pratique qui devrait être définitivement interdite à l'échelle internationale.

Soutien du Collectif Contre la Spéculation sur les Matières Premières

Comme tous les hivers depuis 7 ans, le petit monde du trading et de l'exploitation des matières premières s’est retrouvé en Suisse au bord du Léman, pour le rendez-vous annuel du Financial Times dans le luxueux hôtel 5-étoiles Beau-Rivage. En parallèle de cet évènement très fermé, et comme chaque année, le Collectif Contre la Spéculation sur les Matières Premières (CCSMP) – soutenu par ISF SystExt – a tenu le 17 mars dernier à Lausanne un contre-sommet pour dénoncer les violations graves des droits humains dans le secteur, les mécanismes de spéculation en tant que tels et le soutien actif de l’Etat suisse. En effet, par des mécanismes d’assurance, de facilités bancaires, de secret des affaires et de faibles taxations des entreprises, les entreprises concernées peuvent rester dans l’impunité et accroître leurs profits, au détriment des communautés, de l’environnement et des économies des pays producteurs. Le contre-sommet a fait salle comble avec une centaine de participant·e·s.

12 avril 2018 : Sortie de "Mauvaises mines - Combattre l'industrie minière en France et dans le monde"

Ouvrage écrit par la Revue Z et soutenu par ISF SystExt, "Mauvaises mines" est un ensemble de textes courts pour appréhender les nombreux enjeux que pose l'industrie minière aujourd'hui. En passant en revue les différentes luttes en France et ailleurs contre un renouveau minier débridé, ce livre fournit des clés de compréhension pour alimenter les débats que l'activité minière soulève, tout en offrant une autre image des réalités de cette industrie. La revue Z appelle de cette manière tout citoyen à s'intéresser à ces problématiques fondamentales qui sous-tendent nos modes de vie et à résister à l'industrie minière pour défendre d'autres d'usage des ressources minérales. L'ouvrage s'inscrit dans la valorisation du Programme d’Accompagnement des Collectifs et Territoires mobilisés sur les débordements miniers (PACTe) et clôt un projet initié il y a deux ans.

SystExt contribue à la semaine sans smartphone d'ISF Paris 19

Le 17 avril, ISF SystExt a mis à profit sa palette d'outils de sensibilisation pour intervenir auprès des élèves de l'Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP), dans le cadre d'une semaine sans smartphone organisée par ISF Paris 19. Lors d'une animation de deux heures, trois bénévoles de l'association ont fait découvrir à une trentaine de participants les enjeux et impacts de l'exploitation minière. L'atelier a rappelé la composition en métaux des smartphones et ses implications sur les technologies phares de cet outil devenu incontournable. Un photo-langage utilisant des illustrations variées (tract associatif, photos, schémas, affiches) a ensuite permis d'aborder les différents types d'enjeux et d'expliquer les principaux rouages de l'activité minière. Une discussion plus libre a enfin donné l'occasion d'aborder les leviers d'action possibles, au niveau tant individuel que collectif.
 

Montagne d'Or : SystExt mobilisé durant le débat public

Le Débat Public sur le projet Montagne d'Or s'est tenu en Guyane du 7 mars au 7 juillet 2018, sous l'égide d'une commission mandatée par la CNDP. La Compagnie Montagne d'Or a publié pas moins de 27 documents sur le site du Débat Public (dossier du maître d'ouvrage, fiches thématiques, documents liés à l'étude de l'état initial...) mais toujours pas d'étude d'impact, annoncée pour fin 2018. Sur la base de certaines de ces publications et de l'étude de faisabilité bancaire d'avril 2017, SystExt est venu en appui technique au collectif Or de Question ; en particulier pour y voir plus clair dans les chiffres annoncés en termes de volume de déchets miniers ou de teneurs en éléments traces et majeurs.

Le 18 mai, SystExt publiait un communiqué de presse concernant les risques inhérents à la géologie du gisement, dont les éléments ont notamment été repris dans le cahier d'acteur n°10 publié par Or de Question. Le même jour, un membre de notre association participait à une table ronde organisée par la sénateur Fabien GAY. Par ailleurs, en juin, SystExt a rejoint la liste des signataires d'un communiqué de presse intitulé "De Paris à Cayenne : les opposants mobilisés pour obtenir l’abandon du projet Montagne d’or", puis a parrainé et participé à un débat organisé le 27 juin à l'initiative du député européen Yannick JADOT (voir la brève dédiée dans ce numéro).

Pour son séjour minier 2018, SystExt s'est rendu en Grèce !

Grâce au soutien de la Fondation Un Monde Par Tous, ISF SystExt a pu organiser un séjour minier d'une semaine en 2018, réunissant 12 membres et 5 représentants issus d'organisations partenaires de notre association. Cette mission de terrain, organisée du 5 au 13 mai, s'est intéressée aux réalités minières de la Grèce. Ce pays dispose à la fois d'un important passif minier et d'une actualité minérale dense, tant pour le charbon, l'or que les minéraux industriels.

Durant les premiers jours, l'équipe s'est rendue dans le complexe aurifère et polymétallique de Cassandra, en Chalchidique. Cette région est tristement connue pour sa lutte contre le méga-projet de Skouries porté par Hellas Gold. Au travers des rencontres avec des opposants au projet, des acteurs économiques inquiets et des élus locaux, les participants ont pu appréhender la complexité des enjeux associés à la réimplantation de l'industrie minérale sur des territoires déjà profondément marqués par elle.

Le séjour s'est poursuivi par la visite du bassin charbonnier dit "West Macedonian Lignite Centre", dans les environs de Kozani et Ptolémaïda. Visites de mines en exploitation et de zones réhabilitées, rencontres de riverains dans des villages sinistrés, réunions de travail avec des représentants institutionnels,... complétées par une rencontre de WWF Grèce à Athènes, ont permis d'étudier l'industrie du charbon en Grèce et les perspectives de transition énergétique pour ce pays.

Les derniers jours ont été dédiés à la découverte du secteur de Laurion, réputé pour ses mines de plomb argentifère exploitées depuis l'Antiquité, puis de l'île de Milos. Cette dernière se consacre presque exclusivement à l'exploitation de minéraux industriels, en particulier de la bentonite et de la perlite. Cette étape a été l'occasion de se familiariser avec l'exploitation de ressources minérales moins connues, mais tout à fait indispensables à notre modèle de développement.

SystExt publiera prochainement des enquêtes, étayées par des recherches bibliographiques, et qui détaillent ces travaux de terrain. Cette expérience donnera lieu à d'autres publications. Notre association a déjà publié, lors du séjour, un communiqué de presse pour dénoncer la criminalisation des organisations et citoyens protestant contre les projets d'Hellas Gold. Par ailleurs, nous réaliserons une présentation sur le sujet "Milos : une île doublement vulnérable ?" lors du colloque TRAMIN2018 qui se déroulera du 15 au 18 octobre à Chambéry. D'autres publications pourront être produites par nos partenaires, à l'image de l'article dans Guyaweb "Ailleurs, en Europe, des Grecs se battent contre une mine d’or industrielle" (réservé aux abonnés) ou du reportage sur le site de Reporterre "Engluée dans la crise, la Grèce s’accroche au charbon", tous deux rédigés par Hélène FERRARINI.

SystExt intervient lors d'un comité scientifique du pS-Eau

Le 15 juin, SystExt a participé à une session du comité scientifique du pS-Eau consacrée au thème : "Impact des activités minières sur les services d'eau en Afrique subsaharienne". Ce comité regroupe une vingtaine d'experts et se réunit 3 à 4 fois par an pour approfondir des questions relatives à l'eau et l'assainissement. Cette fois-ci, il s'est intéressé à la pression grandissante de l'industrie minérale en Afrique de l'Ouest. SystExt a introduit les échanges techniques par une présentation générale sur les mécanismes qui lient intimement la mine et l'eau (besoins en eau pour le fonctionnement d'une mine, gestion des eaux présentes dans l'environnement d'un site minier) et sur les processus qui conduisent à des dégradations qualitatives et quantitatives de la ressource en eau. Ont ensuite été abordés plus spécifiquement la situation de certains pays : Sénégal, Burkina Faso, Mali, Bénin et Togo.                                  

Le PACTe livre ses enseignements

Initié en juin 2016, le projet PACTe (Programme d’Accompagnement des Collectifs et Territoires mobilisés sur les débordements miniers) a révélé ses résultats en juin 2018 à travers deux publications sur le site internet d’ISF SystExt. Le premier article rappelle les différentes étapes du programme ainsi que les enseignements capitalisables des actions du projet : Comprendre la relance minière en France et ailleurs par les mobilisations citoyennes, l’enjeu du PACTe. Le second article détaille la tenue du forum ayant eu lieu en septembre 2017 et publie les interventions et comptes rendus de cet événement : Retour sur le "Forum sur les mobilisations citoyennes face aux impacts miniers".

Ces textes complètent plusieurs actions de valorisation. Il s'agit, d'une part, du soutien de SystExt à l'ouvrage écrit par la Revue Z "Mauvaises Mines - Combattre l’industrie minière en France et dans le monde, Brier et Desquesnes". D'autre part, deux membres de l'association sont intervenus au colloque "Les paroles militantes dans les controverses environnementales" organisé par le CERM (Université de Lorraine) afin de présenter les enseignements du PACTe. Un article associé à cette intervention a été rédigé et devrait être publié à l’été 2018 dans la série "Actes" de la revue Questions de communication.

Soutien et participation à un débat sur Montagne d'or et les peuples autochtones

Le 27 juin dernier, s'est tenu à Paris un débat sur le projet Montagne d'Or, à l'initiative de Yannick Jadot, député européen EELV, rassemblant la plupart des acteurs mobilisés contre ce projet, dont la Jeunesse Autochtone de Guyane, CSIA Nitassinan, l'Association France-Libertés, ainsi qu'Alexis Tiouka, militant et expert en droit autochtone. Cet évènement a par ailleurs été parrainé par ISF SystExt (voir publication sur notre site).

Devant une soixantaine de participants, les orateurs se sont succédés, rappelant les principaux éléments du projet et suivant trois lignes argumentatives : un danger pour les peuples autochtones (certains ont parlé de "génocide culturel"), un désastre environnemental (le risque de rupture de digue a notamment été évoqué), un scandale politique enfin (un système néocolonial a été dénoncé).

SystExt a rappelé, pendant le temps de questions ouvertes dans la salle, les usages principaux de l'or, et l'absence totale de nécessité industrielle d'un tel projet.

Il ne s'agit pas de mettre la nature sous cloche, mais il faut que les gens puissent y vivre, et ceux qui étaient là en priorité. (François Chartier, Greenpeace).

La mine propre est un mirage. (Association France Libertés)

 

Triste bilan de la mine verte en Finlande...

"Finland, a leader in green mining 2020". Depuis 2005, le secteur minier finlandais est en expansion. Le pays promeut activement le concept de mine verte et responsable et prévoit de produire 70 Mt de métaux en 2020, contre 4 Mt au début des années 2000.

Cependant, entre 2008 et 2016, plus d’une dizaine de ruptures de digues minières ont eu lieu dans l'une des premières mines "vertes" de Finlande, provoquant des catastrophes environnementales sans précédent dans l’histoire du pays. Dans son documentaire « TERRA FAME – Land of Mine », projeté le 28 février dernier à Bruxelles, Mika Koskinen montre le combat de la communauté locale contre la mine Talvivaara-Terra Fame, la plus grosse mine de nickel de l’Union européenne. Prévue à son lancement, au début des années 2000, pour être aussi "la plus responsable", le film expose le désastre économique et environnemental de la mine, dû à une mauvaise gestion des risques, des manquements aux normes environnementales, des conflits d’intérêt... Il révèle avant tout comment les problèmes environnementaux se sont transformés en question d’acceptabilité sociale, et comment la mine "verte" est devenue un outil de communication.

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