Mines : notre affaire à tous

18 août 2016
ISF SystExt
En juin 2016, ISF SystExt a participé à la rédaction d'un cahier spécial sur les mines, proposé par plusieurs collectifs citoyens et le journal mensuel "L’âge de faire". La journaliste Lisa Giachino et plusieurs membres d'ISF SystExt ont collaboré pour réaliser ce dossier de synthèse sur la situation de la mine française. Un document pédagogique permettant de prendre conscience des enjeux complexes qui caractérisent les filières minérales.
Carte du panorama minier en France métropolitaine - L'âge de faire - Lisa Giachino - Infographie : Fanny Pageaud

Le cahier s'organise en trois parties. Un premier article de synthèse rappelle l'omerta qui caractérise la gestion du passif minier français et des impacts sanitaires et environnementaux associés. Il analyse également le regain d'intérêt pour la mine en France mais aussi l'évolution de l'acceptabilité sociale et environnementale dans notre pays, et confirme la nécessité d'un dialogue transparent et ouvert au plus grand nombre sur ces questions.

Extraits, témoignages d'ISF SystExt :

Mais il y a des raisons plus profondes à ce renouveau : l’industrie minière est inscrite dans les gènes de l’économie française. « Pendant cent ans, la France a été l’un des plus grands pays miniers d’Europe, souligne notre militant d’ISF SystExt. Le pays s’est forgé sur cette industrie qui a fait sa richesse, et a développé de grands savoirs. Des batteries de gens du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières, Ndlr) partaient en expatriation pour ouvrir des mines. Ce sont eux, par exemple, qui ont découvert le site de Yanacocha, au Pérou, qui est aujourd’hui une gigantesque mine d’or à ciel ouvert et qui constitue un scandale humain et écologique. »

Aujourd’hui, les entreprises et le gouvernement s’adaptent à l’air du temps en parlant de mines « vertes ». Chez ISF SystExt, on n’est pas dupe : « En invoquant la mine « propre », ils essaient de faire oublier le gros passif de pollution. Mais la majorité des techniques utilisées sont les mêmes qu’au début du xxe siècle, que ce soit pour creuser, pour traiter le minerai ou pour gérer les résidus miniers. Pour l’instant, on ne sait pas faire autrement en étant rentables. »

S'ensuit une carte qui dresse un état des lieux pertinent de la situation minière métropolitaine, tant en termes de sites miniers fermés, que de mines en exploitation ou encore que de projets d'exploration, inspiré de notre outil cartographique Panoramine. Le cahier se conclut par une analyse d'ISF SystExt intitulée " Extraire des métaux...pour qui, pour quoi ?". Cette tribune revient sur la dépendance de nos sociétés en matières premières minérales et le manque d'anticipation des industriels et des représentants institutionnels pour s'assurer d'approvisionnements stables. Elle détaille pourquoi ISF SystExt demande l'établissement d’un organisme capable d'étudier les besoins stratégiques de notre pays et de proposer un plan d’approvisionnement national à moyen et long terme. Elle explicite enfin les moteurs stratégiques et financiers qui mènent irrémédiablement à des impacts graves, accélérés par une tendance au gigantisme des exploitations minières.

Extraits :

Jusque dans les années 2000, la France, et les autres pays européens, ne se posaient pas vraiment ces questions sur l’approvisionnement en matières minérales. Ils importaient massivement des produits finis, sans se soucier des conditions d’exploitation des dizaines de métaux que ces produits contenaient, et surtout rassurés de n’avoir plus à supporter les conséquences néfastes des exploitations minières qu’ils avaient connues par le passé. Les premières interrogations sont nées de la peur de manquer, et non pas d’une volonté de mettre en place des filières « propres ».

C’est dans ce contexte que les industriels français ont découvert qu’ils n’avaient aucune idée précise (en termes de quantité, de provenance ou d'importance stratégique) sur la plupart des métaux associés à leurs activités. La relance minière en France a alors été présentée comme une évidence au regard des besoins de chaque Français : « Faut savoir ce que l’on veut ! Pas d’or, pas de smartphone ! ».  Mais la réalité n’est pas si binaire, et si les « experts » martèlent que la production mondiale explose depuis trente ans et que les besoins en métaux croissent de manière exponentielle, aucun recul n’est pris sur les usages réels qui en sont faits.

La France relance une activité métallique sans avoir analysé ses besoins dans le contexte mondialisé dans lequel elle se trouve. Il s’agit désormais de prendre en compte les enjeux mondiaux des marchés des métaux, les réels défis du recyclage, les besoins des industries les plus stratégiques de notre pays, etc. Et si toutes ces questions doivent être soulevées, c’est parce qu’ouvrir une mine, ce n’est pas simplement construire un complexe industriel : c’est accepter de détruire un bout de la planète, et l’assumer au titre de l’utilisation des ressources extraites.

Des choix technologiques aux impacts néfastes s’imposent en effet dès lors que la priorité n’est plus d’extraire du métal de la mine, mais de rapporter des bénéfices. Car la mine doit rapporter de l’argent, beaucoup d’argent, et à des actionnaires de plus en plus éloignés de la réalité du terrain. Pour cela, on creuse toujours plus grand, toujours plus profond, pour exploiter des gisements de plus en plus pauvres, tout en cherchant à réduire au maximum les coûts. Cela, tous les ingénieurs de la mine pourraient en témoigner.

► Ce cahier spécial se commande par paquets en contactant l'âge de faire au 04 92 61 24 97. Ce dossier sera également publié, dans une version enrichie, dans le numéro de septembre de L'âge de faire.