Votre téléphone a sonné une fois, deux au maximum, puis s’est tu. Sur l’écran, un numéro que vous ne connaissez pas, avec un indicatif qui ne ressemble pas à un numéro français. Aucun message. Si vous hésitez à rappeler pour savoir qui a essayé de vous joindre, sachez que c’est exactement la réaction que l’escroc attend : ce mécanisme porte un nom, le wangiri, et il vise spécifiquement les appels manqués venus de l’étranger. Voici comment le reconnaître, ce qu’il vous en coûterait de rappeler, et la marche à suivre si c’est déjà fait.

Sommaire

Reconnaître un appel wangiri avant de rappeler

Le terme vient du japonais wan giri, « un coup, coupé ». Il décrit un appel automatisé, déclenché par un logiciel qui compose des milliers de numéros à la suite et raccroche dès la première sonnerie, avant que la ligne ne décroche vraiment. Contrairement au ping call classique, qui utilise le plus souvent une tranche française réservée au démarchage, le wangiri s’appuie sur un numéro à l’étranger, ce qui change à la fois le repérage et les recours.

Une sonnerie suffit à déclencher le piège

Le calcul de l’escroc repose sur le volume, pas sur l’efficacité individuelle : sur plusieurs milliers d’appels lancés en quelques minutes, il suffit qu’une petite proportion de destinataires rappelle par curiosité pour que l’opération soit rentable. Aucun message vocal n’est laissé, volontairement : un message obligerait l’escroc à assumer un scénario, alors que le silence entretient le doute et pousse au réflexe de rappeler « au cas où ».

Les indicatifs les plus détournés

Un indicatif étranger inconnu ne signifie pas automatiquement une arnaque, mais certaines tranches reviennent nettement plus souvent que d’autres dans les campagnes recensées par les opérateurs et les associations de consommateurs.

Indicatif Pays associé
+355 Albanie
+225 Côte d’Ivoire
+233 Ghana
+234 Nigeria

Cette liste n’est pas figée : les campagnes changent d’indicatif dès qu’un bloc de numéros est identifié et bloqué par les opérateurs, ce qui rend la mémorisation d’une liste moins utile que le réflexe qui suit.

Pourquoi ce mécanisme rapporte à l’escroc

Le rappel est le seul moment où l’opération devient rentable. Comprendre ce qui se passe à cet instant explique pourquoi il ne faut jamais le faire, même par simple curiosité.

Une commission par seconde de communication

Le numéro affiché est en réalité un numéro à tarification élevée, loué par l’escroc auprès d’un opérateur complaisant à l’étranger. Dès que vous composez ce numéro, l’appel est décroché par un serveur vocal qui diffuse un message générique, souvent dans une langue que vous ne comprenez pas, et vous maintient en ligne aussi longtemps que possible : menu à rallonge, musique d’attente, fausse mise en relation. Chaque seconde passée en ligne génère une commission reversée à l’organisateur de la campagne.

Un indicatif étranger n’est pas toujours suspect

Un proche en déplacement, un service client basé hors de France ou un correspondant professionnel peuvent tout à fait vous appeler depuis un numéro étranger légitime. Le signal qui distingue le wangiri n’est pas l’indicatif seul, mais sa combinaison avec une sonnerie unique, l’absence de message, et souvent une série d’appels similaires reçus par plusieurs personnes de votre entourage le même jour.

C’est le point le plus mal compris de cette arnaque, et celui qui coûte le plus cher à ignorer.

Le plafond de 0,80 €/minute, réservé aux numéros français

Depuis le 1er août 2021, l’Arcep plafonne les services téléphoniques à valeur ajoutée français à 0,80 € TTC par minute ou 3 € TTC par appel, quel que soit le préfixe utilisé. Ce plafond protège efficacement contre un rappel vers un numéro surtaxé français, en 08 par exemple.

À l’international, l’opérateur fixe le prix librement

Ce plafond ne s’applique pas aux appels vers des numéros situés hors de l’Espace économique européen. Pour ces destinations, chaque opérateur français fixe librement son propre tarif à la minute, sans encadrement réglementaire. C’est précisément le vide que le wangiri exploite : un rappel de deux ou trois minutes vers un numéro qui semble anodin peut se traduire par une ligne de plusieurs dizaines d’euros sur la facture suivante, sans qu’aucun plafond légal ne borne le montant.

Vous avez déjà rappelé : la marche à suivre

Si le rappel a déjà eu lieu, deux vérifications permettent de limiter les dégâts avant que la facture ne devienne définitive.

Vérifier la ligne exacte sur votre facture

Votre facture détaillée doit mentionner le numéro appelé, sa durée et son coût. Un tarif à la minute très supérieur à celui d’un appel international classique, pour une communication de quelques secondes à peine, est le signe que vous êtes tombé sur une ligne de ce type. Conservez une copie de cette facture avant toute démarche : elle est la seule preuve du montant réellement débité.

Contester auprès de votre opérateur dans l’année

La loi laisse un délai d’un an à compter du paiement de la facture pour contester un montant litigieux auprès de son opérateur. Un appel de quelques secondes facturé plusieurs euros constitue un motif recevable, même si le prix n’est pas plafonné à l’international : l’argument à faire valoir est le caractère frauduleux de l’appel entrant, pas seulement son coût. En l’absence de réponse satisfaisante, le dossier peut ensuite être porté devant le médiateur des communications électroniques.

Signaler l’appel pour faire cesser la campagne

Le signalement ne récupère pas l’argent déjà débité, mais il alimente les outils que les opérateurs et le régulateur utilisent pour bloquer les campagnes en cours.

Le 33700, par SMS

Comme pour tout appel ou SMS frauduleux, le numéro complet peut être transmis par SMS au 33700 ou déposé sur 33700.fr. Ce signalement déclenche un blocage technique côté opérateurs lorsque suffisamment de personnes rapportent le même numéro dans un court intervalle.

J’alerte l’Arcep, pour objectiver le phénomène

La plateforme « J’alerte l’Arcep » recense les signalements par catégorie. En 2025, elle a reçu 70 516 signalements, soit une hausse de 23 % sur un an, dont 23 383 pour des appels et messages abusifs et plus de 19 000 pour de l’usurpation de numéro. Ce volume permet au régulateur de repérer les plages de numéros les plus utilisées et d’imposer aux opérateurs des mesures de blocage ciblées.

Graphique des signalements de fraude téléphonique reçus par l'Arcep en 2025 : 70 516 signalements au total, 23 383 pour appels et messages abusifs, 19 000 pour usurpation de numéro
Source : Arcep, bilan 2025 de la plateforme J’alerte l’Arcep

Se protéger avant le prochain appel manqué

Le seul réflexe qui neutralise complètement le wangiri est de ne jamais rappeler un numéro inconnu qui a raccroché après une ou deux sonneries. En complément, bloquer le numéro empêche qu’il continue à solliciter votre ligne.

Bloquer le numéro sur iPhone

  • Ouvrez l’application Téléphone, onglet Récents ;
  • Appuyez sur le bouton d’information (i) à côté du numéro ;
  • Faites défiler jusqu’à « Bloquer ce correspondant », puis confirmez.

Bloquer le numéro sur Android

  • Ouvrez l’application Téléphone et l’onglet Récents ;
  • Appuyez longuement sur le numéro concerné ;
  • Sélectionnez « Bloquer le numéro », ou « Bloquer/signaler comme spam » selon les modèles.

Cette étape ne remplace pas le signalement au 33700 : elle protège votre ligne, le signalement protège les prochains destinataires de la même campagne. Si le numéro affiché ressemblait à celui d’un proche ou d’un organisme que vous connaissez, vérifiez qu’il ne s’agit pas d’une usurpation de numéro avant de conclure à un simple wangiri.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si je ne rappelle jamais un numéro wangiri ?

Rien. L’appel n’engendre aucun coût ni aucun risque tant que vous ne le rappelez pas et que vous ne répondez pas en direct à un appel de ce type. L’absence de réaction est la seule chose qui rend l’opération non rentable pour l’escroc.

Comment savoir si un numéro étranger qui m’a appelé est un wangiri ?

Les signes qui reviennent le plus souvent sont une sonnerie unique ou deux au maximum, l’absence de message vocal, et un indicatif que vous ne reconnaissez pas. Une recherche du numéro complet sur une plateforme de signalement communautaire confirme souvent le doute avant même de rappeler.

Le plafond de 0,80 € par minute s’applique-t-il si j’ai rappelé un numéro à l’étranger ?

Non. Ce plafond, fixé par l’Arcep, concerne uniquement les numéros surtaxés situés en France. Un appel vers un numéro hors de l’Espace économique européen suit le tarif international fixé librement par votre opérateur, potentiellement plus élevé.

Puis-je me faire rembourser après un rappel vers un numéro wangiri ?

Un remboursement n’est jamais automatique, mais une contestation motivée auprès de votre opérateur, dans un délai d’un an après le paiement, aboutit souvent lorsque l’appel entrant correspond clairement à ce schéma frauduleux.