« Votre colis est en attente de livraison, réglez 1,99 € de frais de réexpédition. » Ce SMS, une bonne partie des personnes qui possèdent un téléphone l’ont déjà reçu, qu’elles attendent un paquet ou non. Il s’agit presque toujours d’un smishing : un hameçonnage par SMS qui vise à récupérer votre numéro de carte bancaire, pas les quelques euros affichés. Voici comment reconnaître ce SMS colis en attente, ce qui se passe si vous cliquez, et comment réagir sans paniquer.
Sommaire
- Comment fonctionne l’arnaque au SMS colis en attente
- Pourquoi ce SMS paraît si crédible
- Les signaux qui doivent alerter
- Que faire en recevant ce SMS
- Vous avez déjà payé ou donné votre carte : la marche à suivre
- Ce que dit la loi sur le remboursement
- Distinguer un vrai suivi de colis d’une tentative de phishing
- Questions fréquentes
Comment fonctionne l’arnaque au SMS colis en attente
Le principe ne varie presque jamais. Un SMS usurpant un transporteur annonce un incident de livraison — colis trop volumineux pour la boîte aux lettres, adresse incomplète, frais de douane ou de réexpédition impayés — et invite à cliquer sur un lien pour « régulariser la situation ». Le lien mène à une copie du site du transporteur, avec logo et mise en page identiques, où l’on demande de régler une somme dérisoire, entre 1 et 3 €, par carte bancaire.
Le paiement en lui-même n’est qu’un prétexte : le formulaire capture le numéro de carte, la date d’expiration et le cryptogramme, que les escrocs utilisent ensuite pour des achats ou des prélèvements bien plus importants, parfois via un paiement sans contact configuré à distance ou un ajout à un portefeuille numérique.
Les transporteurs usurpés
La Poste, Colissimo, Chronopost, DHL et UPS sont les marques les plus imitées, car ce sont celles dont tout le monde reçoit un jour un vrai SMS de suivi. Les escrocs envoient leurs messages en masse, sans savoir si le destinataire attend réellement un colis : le SMS fonctionne par probabilité, pas par ciblage.
La nouveauté 2026 : photos et messages vocaux générés par IA
Depuis le printemps 2026, certaines variantes de l’arnaque ajoutent une photo de colis prétendument abîmé ou mal adressé, générée par intelligence artificielle, pour renforcer la pression émotionnelle. Une autre variante fait suivre un message vocal, également synthétisé par IA, imitant la voix d’un livreur qui explique ne pas avoir pu accéder au logement. Le fond de l’arnaque reste identique : obtenir un clic, puis un paiement par carte.
Le colis n’est qu’un prétexte parmi d’autres : les mêmes réseaux d’escrocs font tourner en parallèle des SMS usurpant EDF ou Engie pour un remboursement de trop-perçu, les impôts pour une régularisation, le CPF pour un solde de formation, la CAF pour une allocation à confirmer, ou l’ANTAI pour une amende impayée. La mécanique — un lien, une urgence, un petit paiement ou une identification — reste la même d’un thème à l’autre ; seul l’habillage change selon la période de l’année.
Pourquoi ce SMS paraît si crédible
Un numéro de suivi qui ressemble à un vrai
Le message affiche souvent une référence composée de lettres et de chiffres, dans un format proche des vrais numéros de suivi Colissimo ou Chronopost. Elle ne correspond à rien dans les bases réelles du transporteur : elle sert uniquement à rassurer visuellement.
Un montant volontairement dérisoire
Demander 1,99 € ou 2,99 € désamorce la méfiance : la somme paraît trop faible pour justifier un contrôle avant de payer. C’est précisément ce calcul qui rend le piège efficace — la victime perd sa vigilance sur un montant qu’elle jugerait normal de régler pour un vrai service postal.
Les signaux qui doivent alerter
- L’expéditeur est un numéro de mobile classique (06 ou 07) ou un numéro court étranger, jamais l’identifiant officiel du transporteur.
- Le lien utilise un nom de domaine raccourci ou approximatif (colissimo-suivi-fr.com, chronopost-relais.info), différent de l’adresse officielle du transporteur.
- L’urgence est artificielle : un délai de 24 à 48 heures est presque toujours annoncé, sous peine de retour à l’expéditeur.
- Aucun numéro de commande réel ne figure dans le message, alors que les vrais SMS de suivi reprennent en général la référence d’achat associée.
- Le paiement est demandé par carte bancaire directement dans une page ouverte depuis le SMS, ce qu’un transporteur ne fait jamais pour de vrais frais de réexpédition.
Que faire en recevant ce SMS
Ne cliquez pas, ne payez pas
Le seul geste sûr est de ne pas ouvrir le lien. Si vous l’avez déjà ouvert sans rien saisir, fermez simplement la page : consulter le site frauduleux sans y entrer de données ne compromet rien.
Vérifiez sur le site officiel du transporteur
Si vous attendez réellement un colis, ouvrez directement l’application ou le site du transporteur — jamais depuis le lien du SMS — et suivez votre commande avec le numéro fourni par le vendeur au moment de l’achat.
Signalez le SMS au 33700
Transférez le message au 33700, numéro gratuit de signalement des SMS et appels frauduleux, puis répondez en indiquant le numéro d’expéditeur quand il vous est demandé. Le détail de la procédure, y compris la marche à suivre quand le transfert automatique ne fonctionne pas, est expliqué dans notre guide pour signaler un SMS ou un appel frauduleux au 33700.
Bloquez le numéro et activez le filtrage
Sur iPhone comme sur Android, la fiche du contact ou de l’expéditeur propose un bouton pour bloquer le numéro et signaler le message comme indésirable directement à l’application de messagerie, en plus du signalement au 33700. Ce geste ne stoppe pas la campagne dans son ensemble — les escrocs changent de numéro en permanence — mais évite de recevoir d’autres SMS de la même série.
Vous avez déjà payé ou donné votre carte : la marche à suivre
Faire opposition sans attendre
Contactez votre banque immédiatement, ou appelez le serveur interbancaire d’opposition au 0 892 705 705, accessible 24h/24 pour toutes les cartes émises en France quelle que soit la banque. L’opposition bloque toute nouvelle utilisation de la carte.
Signaler la fraude sur Perceval
La plateforme gouvernementale Perceval, accessible par FranceConnect, permet de déclarer une fraude à la carte bancaire en ligne, gratuitement et 24h/24. Vous y renseignez la date, le montant et le commerçant de l’opération frauduleuse, et joignez le justificatif d’opposition remis par votre banque.
Déposer plainte
Une plainte auprès de la police ou de la gendarmerie reste nécessaire, notamment pour appuyer votre demande de remboursement si la banque hésite. Si vous avez besoin d’un accompagnement, France Victimes répond gratuitement au 116 006, tous les jours de 9 h à 20 h.
Ce que dit la loi sur le remboursement
L’article L. 133-18 du Code monétaire et financier oblige votre banque à vous rembourser une opération de paiement non autorisée dès qu’elle en est informée, au plus tard le jour ouvrable suivant le signalement. Cette obligation tombe si la banque établit une négligence grave de votre part au sens de l’article L. 133-19 : typiquement, avoir communiqué son code confidentiel à un tiers. Avoir saisi son numéro de carte sur un faux site imitant fidèlement celui d’un transporteur est une situation généralement plus difficile à qualifier ainsi pour la banque, mais chaque dossier est apprécié au cas par cas. Le mécanisme et ses limites sont détaillés dans notre article sur le scénario du faux conseiller bancaire et les recours possibles, qui explique ce que la banque peut ou non vous reprocher.
Distinguer un vrai suivi de colis d’une tentative de phishing
| Élément | Vrai SMS de suivi | SMS frauduleux |
|---|---|---|
| Expéditeur | Nom du transporteur affiché (Colissimo, DHL…) | Numéro mobile ou numéro court étranger |
| Lien | Domaine officiel du transporteur | Domaine approximatif ou raccourci |
| Paiement demandé | Jamais par carte via SMS | Systématiquement, montant faible |
| Numéro de commande | Correspond à un achat réel | Absent ou inventé |
Un statut comme « colis en transit sur nos plateformes logistiques » affiché sur un vrai site de suivi n’a par ailleurs rien d’inquiétant : ce n’est pas une arnaque, seulement une formulation vague du transporteur. Nous l’expliquons dans notre article sur ce message de suivi, à ne pas confondre avec un SMS demandant un paiement.
Questions fréquentes
Le 33700 me demande le numéro de l’expéditeur, comment le trouver ?
C’est le numéro qui apparaît comme émetteur du SMS reçu, visible en haut de la conversation dans votre application de messagerie. Sans cette information, le signalement ne peut pas être traité efficacement.
Puis-je porter plainte si je n’ai pas encore été débité ?
Oui. Une tentative de fraude peut être signalée même sans préjudice financier constaté, notamment via Perceval si une opération a été initiée, ou par plainte simple si vous avez seulement transmis vos coordonnées bancaires.
Un vrai SMS de La Poste peut-il demander un paiement ?
La Poste peut exceptionnellement facturer une redirection ou une réexpédition, mais jamais par un lien de paiement inséré dans un SMS : la démarche passe par le site officiel, après identification avec vos propres identifiants, jamais depuis un lien reçu.
Que faire si j’ai installé une application depuis le lien du SMS ?
Désinstallez-la immédiatement, faites opposition à votre carte par précaution, et changez les mots de passe que vous auriez pu saisir depuis votre téléphone. Un scan par un antivirus mobile à jour permet de vérifier qu’aucun logiciel malveillant supplémentaire n’a été déposé.
Le transfert au 33700 suffit-il, ou faut-il aussi porter plainte ?
Le signalement au 33700 alimente les listes de blocage des opérateurs et permet de faire fermer les numéros frauduleux les plus actifs, mais il ne remplace pas une plainte : seule la plainte crée un dossier officiel utile en cas de préjudice financier, notamment pour appuyer une demande de remboursement contestée par la banque.